Colette a neuf ans
Notre levain-chef est né dans un bocal à confiture, sur un radiateur de la Rue Marterey. Neuf ans plus tard, il pèse douze kilos et voyage en vacances.

Le 14 mars 2016, on a mélangé cent grammes de farine de seigle complète et cent grammes d'eau du robinet dans un bocal à confiture. On l'a posé sur le radiateur d'un appartement de la Rue Marterey et on a attendu.
Le troisième jour, ça sentait la pomme trop mûre. Le cinquième, la bière. Le septième, ça sentait le pain — et depuis, ça n'a plus jamais cessé.
Colette est aujourd'hui rafraîchie deux fois par jour, à 5h et à 13h : farine de seigle du moulin, eau à 28 °C, un ratio qu'on ne change plus depuis 2019. Elle double en quatre heures l'été, en sept heures l'hiver, et elle nous dit exactement combien de temps nos pâtes vont mettre.
Quand le fournil ferme deux semaines en août, Colette part en vacances : un bocal chez chaque boulanger de l'équipe, comme un chat qu'on se partage. On a comparé les trois retours l'an dernier — celui qui avait passé l'été à Chexbres faisait des mies nettement plus alvéolées. On n'a aucune explication scientifique et on trouve ça très bien.
Écrit au fournil, entre deux fournées
Grain de Pente, rue du Petit-Chêne 42
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